vendredi 9 février 2007

Le complexe de la victime

La compétition victimaire est aujourd'hui chose connue et reconnue. Car la victime attire sur elle compassion et compréhension, ce qui dans la dimension politique permet de gagner des voix, des appuis. On pourrait croire qu'en ce domaine, les palestiniens auraient accumulé un certain capital sympathique susceptible de faire bouger la sphère politique dans le sens du règlement d'un conflit centenaire. Mais non.

D'abord, les juifs qui émigrèrent en Palestine furent pour certains victimes au cours des siècles de l'intolérance de leurs pays d'origine, mais c'est surtout la shoah qui fut décisive dans l'érection de leur statut de victimes. Ce qu'ont pu vivre les palestiniens, à savoir un exode forcé de 800 000 d'entre eux par les exactions des groupes terroristes juifs comme la Haganah ou l'Irgoun, des massacres comme celui de Deir Yassine, mais surtout 50 ans à vivre dans des camps sans nationalité et sans les biens laissés derrière eux et réquisitionnés par l'Etat d'Israël, tout cela n'a aucun poids face à la Shoah.

Mais tout de même, le temps faisant son oeuvre, les palestiniens auraient pu accéder au statut tant envié de victimes d'un Etat colonial violent et inique envers ses indigènes. Seulement, les palestiniens ont choisi de se battre par tous les moyens, même les moins respectables (ce qu'ont fait les israéliens avant d'avoir leur Etat...). Mieux vaut donc se faire massacrer, voler, sans bouger plutôt que se défendre. Au XIXe siècle (et même avant) pourtant, on reprochait aux musulmans leur "fatalisme", mais ils ont prouvé à plusieurs reprises notamment lors de la conquête de l'Algérie ou des guerres d'Afghanistan menées par les britanniques qu'il n'était pas question pour eux de jouer le rôle de victimes.

Dès lors, voyant qu'aucun soutien ne peut être trouvé en Occident, sauf à la condition de se plier à ses règles et à ses desiderata, les Etats anciennement unis dans l'empire islâmique se voient obligés de prendre leur destin en main, faute d'une politique internationale plus équilibrée. Certains y verront de la barbarie, un esprit belliqueux inspiré par la "guerre sainte", les autres y verront le symptôme d'un ordre mondial corrompu et partial, qui après avoir cassé l'empire islâmique ces derniers siècles, l'a modelé à son goût sans s'imaginer qu'il pouvait un jour avoir un sursaut d'orgueil.

La laïcité est grande !

On bouffe du laïque à tous les repas ces temps-ci. Ce principe, qui est utile et que finalement personne ne conteste ou n'ose contester - car après tout en démocratie, on peut débattre de tout, n'est-ce pas ? - est utilisé à outrance s'agissant de l'islâm.

Mais ce grand principe qu'est la laïcité n'est qu'un cache-misère de l'incapacité de penser de nombreux détracteurs de l'islâm, qui ne parviennent pas à porter un regard sur la complexité de la kyrielle de manifestations de cette religion. La laïcité n'est plus censée réguler les rapports entre l'Etat et les cultes, mais sert désormais de garde-fou contre un islâm menaçant. Tout cela nourrit la logique binaire du "eux" et "nous", où "eux" représente le mal.

Mais la menace est-elle réelle ? Les musulmans ont-ils tenté un coup d'Etat ou noyauté les plus hautes sphères de l'Etat ? Ou alors n'est-ce que fantasmes ? Les faits semblent nous faire pencher vers la dernière possibilité. Il serait bon enfin que ceux qui se disent laïques le soient vraiment, s'appliquent ce qu'ils s'acharnent à vouloir appliquer aux autres. Car derrière la laïcité point l'anti-cléricalisme...

jeudi 8 février 2007

Le deux poids, deux mesures



Nous sommes au TGI de Paris, dans le cadre de l'affaire des caricatures de Charlie Hebdo. Dieudonné est interviewé, puis Caroline Fourest réagit à sa présence. Rendez-vous à la minute 3 de la vidéo (vous pouvez voir le reste si vous voulez !). Caroline Fourest dit quelque chose d'intéressant: elle dit que Dieudonné tient “des propos complotistes qui confortent les gens dans la peur et là il est dans le populisme typique lepéniste c’est-à-dire qu’il faut trouver un bouc-émissaire qui serait la raison suprême à tous nos échecs, à toutes nos frustrations”.

En termes psychologiques, il s'agit d'un bel exemple de paranoïa, c'est-à-dire que je soupçonne autrui de me faire ce que je lui fais. Dans le cadre de l'affaire des caricatures, n'est-ce pas l'islâm qui se retrouve au centre du discours complotiste où il joue le rôle du vecteur de la menace terroriste et sert de punching-ball universel à des hommes politiques et des "intellectuels" en perte de vitesse qui se font une réputation de courageux défenseurs de la liberté à peu de frais.

Et la tartufferie a de beaux jours devant elle...

mercredi 7 février 2007

Copieur !

Dans la peau d'un noir

Il semblerait qu'il ne soit pas nécessaire de passer par l'émission de Canal+ qui a fait grand bruit pour devenir noir. Une étude génétique sur des sujets britanniques à mis au jour leur ascendance africaine alors qu'ils présentaient un épiderme blanc. Cela s'explique par la présence il y a 1900 ans dans l'armée romaine de soldats africains, mais aussi par l'utilisation de domestiques noirs. C'est ainsi que certains britanniques de même patronyme ont révélé avoir des origines africaines, suite à cette étude, alors qu'ils l'ignoraient complètement. Qui osera encore aujourd'hui faire usage de la notion de race ? En savoir plus...

dimanche 4 février 2007

Les méfaits du militantisme politique

Depuis que Sarkozy a récupéré Doc Gynéco, il en a fait un autre homme. Un citoyen responsable, un intellectuel qui désormais se présente sur les plateaux de télévision armé d'un stylo et d'une feuille, afin de noter les arguments qu'il compte asséner pour ne pas les oublier, tant ils sont nombreux. Mieux: il en a fait un écrivain, un romancier même, racontant l'idylle qu'il vit avec Sarkozy, son "petit maître à penser". Le titre de cette petite perle de la littérature française à paraître le 10 février: Les grands esprits se rencontrent. 2007 Sarkozy et moi, une amitié au service de la France. Rien que ça. Mais tout le monde sait qu'il n'est pas l'auteur de ce livre, de même qu'on peut se demander à quel point son engagement umpiste est sincère, lui qui vient de se prendre une amende de 700000 € de la part du fisc. A-t-il été débauché pour jouer le rôle du VRP de la camelote sarkozyste en échange de quelque allègement, à l'issue de sa mission civilisatrice d'une banlieue qui n'a décidément rien compris à l'amour que Sarkozy lui porte, entre matraque et mots doux (racailles, kärcher) ?

Dernièrement, ses deux apparitions dans l'émission de Denisot sur Canal+ et dans celle de Ruquier nous montrent un bien triste militant UMP, qui ne parvient pas à faire une phrase complète, qui n'a aucun argument autre que des platitudes affligeantes pour expliquer une alliance contre-nature qu'il ne semble pas lui-même comprendre. Pire: il se contredit d'une émission à l'autre. Tantôt (lors de l'émission Minuit dix de France culture du 24 janvier) il est militant UMP, tantôt (chez Denisot cette fois) il ne l'est plus.





A cet égard, il est intéressant d'écouter l'émission de France Culture où on apprend que Doc Gynéco a été incité à écrire ce livre par Sarkozy lui-même; on s'en doutait mais c'est bon de l'entendre de la part de l'intéressé.

Ce qu'il faut retenir de tout ça, c'est tout de même l'usage inconsidéré des hommes politiques de soutiens paillettes, qui n'ont certainement pas les épaules pour assumer le rôle qu'on cherche à leur faire porter. Si Sarkozy cherchait à convaincre les banlieues françaises de l'aimer grâce à Gynéco, alors il faut croire qu'il est un piètre stratège politique. On dit même que Sarko commence à trouver le soutien de Gynéco très embarrassant et il n'a pas tort. Quoique, il se pourrait que la détestation que peut attirer sur lui Sarkozy soit détournée sur Gynéco dorénavant. Il est malin finalement le Sarkozy...

PS: là où Sarkozy passe, on observe des retournements de veste (Sevran ancien soutien PS, Doc Gynéco, Glucksmann), comme lorsqu'il choisît Balladur en plantant Chirac dans le dos. C'est sûrement contagieux.

Les bonnes causes et les mauvaises causes pour 2007

Les donneurs de leçons ont déjà choisi leurs bonnes causes pour 2007. En général très couards, ils choisissent des causes sans risques, sur lesquelles tout le monde est d'accord, qui touchent principalement aux pays du tiers-monde ou sur des sujets à propos desquels les grandes puissances se sont mises d'accord. Comme les donneurs de leçons ont un blog avec plein de gadgets pour diffuser la bonne parole, ils ont évidemment un petit bandeau de soutien pour cette cause.

Les bonnes causes (liste non-exhaustive)

La cause numéro 1, c'est le Darfour. Personne ne sait précisément ce qui s'y passe, mais c'est horrible et c'est tout ce qui importe. Ah si, ce sont les vilains arabes qui font du mal aux gentils noirs. Et il est bon ton de mentionner le nombre de 10 000 civils massacrés chaque mois. C'est fou comme les assassins sont réguliers. Mais les donneurs de leçons sont trop occupés pour se rendre au Darfour ou agir concrètement mais ils ne sont pas inactifs sur la question - ça non ! - ils créent un salon dans Second life pour en discuter, ce qui n'est pas rien, vous en conviendrez.

La cause numéro 2 pour laquelle il faut être, c'est l'environnement, l'écologie, l'herbe et les fleurs en somme. Parce que c'est mieux une prairie que du béton, que l'eau propre c'est mieux que l'eau sale mais surtout parce que Nicolas Hulot a dit que c'était la fin des haricots. Alors là, sursaut général ! C'est des fous les écolos, ils sont prêts à tout maintenant que leur chef suprême le cheikh Nicolas Hulot a prononcé une fatwa que toute la classe politique a signé sous la menace d'une candidature aux élections présidentielles de sa part. Le terrorisme a encore de beaux jours...

Les mauvaises causes (liste non-exhaustive)

La mauvaise cause numéro 1, c'est la Palestine. Bouh la Palestine ! Des arabes sanguinaires qui mettent des bombes et qui poussent le vice à se faire sauter avec, c'est forcément qu'ils sont tous sanguinaires et qu'ils le font par plaisir. Heureusement que Tsahal remet un peu d'ordre dans ce bordel. Si Tsahal s'en charge, à quoi bon soutenir cette cause ? En plus ça fait trop longtemps que ça dure, et on a oublié les 800 000 palestiniens qui ont été obligés de fuir leurs habitations et qui depuis vivent dans des camps. Au suivant !

Numéro 2: la Tchétchénie. Bien que Sarkozy soit visiblement devenu un militant pro-tchétchène depuis que Glucksmann le soutient, ce n'est pas très sexy de soutenir cette cause, tant que la Russie sera dans l'affaire. En effet, c'est une cause perdue d'avance, il n'y aucun espoir de réussir et donc de recevoir les lauriers de la victoire dont on pourra se prémunir pour briller en société. En plus, avec des dizaines de milliers de morts et 300 000 déplacés, on ne va rien retirer de tout ça: ce n'est pas assez.

Pour conclure...

On l'aura compris, les donneurs de leçons aiment certaines causes plus que d'autres. Mieux vaut une cause bien impopulaire où aucun membre du G8 ne soit impliqué, c'est un fondamental. Il est bon aussi de ne pas évoquer les sujets qui fâchent comme les origines historiques de ces massacres qui remontent parfois aux manipulations politiques de certains grands pays. Mais quoi qu'il en soit, heureusement qu'il y a des causes à soutenir, sinon, que de dîners mondains rasoirs, de blogs mornes et surtout rien pour se faire valoir ! Vive le monde moderne et ses barbares !