Le complexe de la victime
La compétition victimaire est aujourd'hui chose connue et reconnue. Car la victime attire sur elle compassion et compréhension, ce qui dans la dimension politique permet de gagner des voix, des appuis. On pourrait croire qu'en ce domaine, les palestiniens auraient accumulé un certain capital sympathique susceptible de faire bouger la sphère politique dans le sens du règlement d'un conflit centenaire. Mais non.
D'abord, les juifs qui émigrèrent en Palestine furent pour certains victimes au cours des siècles de l'intolérance de leurs pays d'origine, mais c'est surtout la shoah qui fut décisive dans l'érection de leur statut de victimes. Ce qu'ont pu vivre les palestiniens, à savoir un exode forcé de 800 000 d'entre eux par les exactions des groupes terroristes juifs comme la Haganah ou l'Irgoun, des massacres comme celui de Deir Yassine, mais surtout 50 ans à vivre dans des camps sans nationalité et sans les biens laissés derrière eux et réquisitionnés par l'Etat d'Israël, tout cela n'a aucun poids face à la Shoah.
Mais tout de même, le temps faisant son oeuvre, les palestiniens auraient pu accéder au statut tant envié de victimes d'un Etat colonial violent et inique envers ses indigènes. Seulement, les palestiniens ont choisi de se battre par tous les moyens, même les moins respectables (ce qu'ont fait les israéliens avant d'avoir leur Etat...). Mieux vaut donc se faire massacrer, voler, sans bouger plutôt que se défendre. Au XIXe siècle (et même avant) pourtant, on reprochait aux musulmans leur "fatalisme", mais ils ont prouvé à plusieurs reprises notamment lors de la conquête de l'Algérie ou des guerres d'Afghanistan menées par les britanniques qu'il n'était pas question pour eux de jouer le rôle de victimes.
Dès lors, voyant qu'aucun soutien ne peut être trouvé en Occident, sauf à la condition de se plier à ses règles et à ses desiderata, les Etats anciennement unis dans l'empire islâmique se voient obligés de prendre leur destin en main, faute d'une politique internationale plus équilibrée. Certains y verront de la barbarie, un esprit belliqueux inspiré par la "guerre sainte", les autres y verront le symptôme d'un ordre mondial corrompu et partial, qui après avoir cassé l'empire islâmique ces derniers siècles, l'a modelé à son goût sans s'imaginer qu'il pouvait un jour avoir un sursaut d'orgueil.

